Fethullah Gülen sur les actes de terrorisme – suite aux évènements de Paris et Beyrouth

Fethullah Gülen sur les actes de terrorisme – suite aux évènements de Paris et Beyrouth

Fethullah Gülen sur les actes de terrorisme – suite aux évènements de Paris et Beyrouth

De nouveau, les terroristes ont pris la vie d’innocents à Paris et Beyrouth. Pour ajouter l’insulte à la blessure, comme si cela était encore possible à ce niveau de dépravation, les terroristes revendiquent des justifications d’ordre religieux pour leurs attaques haineuses. Il est clair que rien, quelle que soit sa valeur, ne peut justifier de tels actes de barbarie. Des centaines d’érudits musulmans et des milliers de croyants musulmans des quatre coins du monde ont, encore une fois, condamné ces actes. D’abord en tant que personnes ordinaires et ensuite en tant que ceux dont la foi et la religion ont été prises en otage par les auteurs de ces attentats. Fethullah Gülen, un érudit musulman, a également ajouté sa voix à celle des autres. Dans les heures qui ont suivi l’attaque, Gülen a publié une condamnation qui peut être retrouvée ici (Message de Fethullah Gülen sur les attaques terroristes à Paris). Bien que l’article de Gülen vaille la peine d’être lu, j’ai pris la liberté de rassembler les prises de position de Gülen sur ces sujets à partir de ses précédents discours, articles et déclarations.

La position de Gülen par rapport à l’extrémisme violent est basée sur une compréhension et une lecture exhaustive et robuste de l’esprit et des enseignements des sources primaires de l’Islam, c’est-à-dire le Coran et la Sounna - les mêmes fondations que celles sur lesquelles reposent ses principaux enseignements. Son point de vue concernant cette question peut être résumé comme suit :

  1. Terrorisme : Gülen fournit une condamnation religieuse du terrorisme en affirmant
    •  que le terrorisme ne peut en aucun cas être justifié dans l’Islam, quelles que soient la situation ou les circonstances,
    • que le terrorisme est diamétralement opposé à l’esprit et au message de l’Islam,
    • qu’une personne ne peut rester un vrai musulman ou mu’min (croyant) en commettant un acte de terrorisme,
    • que la sanction en Islam pour un meurtre injuste, tel que c’est le cas dans le terrorisme, est l’enfer éternel.
  1. Attentat suicide : Il est complètement prohibé par le fait qu’il s’agit d’une forme de meurtre injuste en plus d’être un suicide qui sont deux actes prohibés, qu’ils soient perpétrés séparément ou en même temps.
  1. Jihad : Gülen insiste sur la priorité inhérente du ‘grand jihad’ (le combat intérieur de l’individu face à ses désirs charnels) par rapport au ‘petit jihad’ (le combat extérieur qui inclut sans y être restreint, la guerre). Sur le petit jihad, Gülen affirme que seul un état peut déclarer le jihad mais seulement suite à certaines conditions dont celle d’avoir eu recours à toutes les opportunités diplomatiques possibles et seulement selon des règles très strictes. Gülen rejette catégoriquement l’idée que des individus ou des groupes puissent déclarer la guerre ou même appeler à la guerre. Gülen défend qu’une lecture complète du Coran révèle que la paix est la position par défaut en Islam et que la guerre est l’exception et donc appelle à une interprétation restrictive de ces versets.
  1. Innocence des civils : Gülen rejette le meurtre de civils pour motif d’être impliqués dans les structures politiques ou économiques que les extrémistes prennent pour cible. Ses raisons incluent : que les groupes qui font de telles revendications n’ont pas l’autorité pour déclarer la guerre et encore bien moins le droit d’étendre la catégorie des cibles légitimes. Leur déclaration de guerre et tout ce qu’ils font par la suite sont donc illégitimes. Il affirme que l’Islam interdit même le meurtre de soldats capturés dans un état d’activité non hostile, ce qui démontre qu’il ne peut en aucun cas permettre le meurtre de non combattants dans un état d’hostilité ou d’intentions hostiles supposées, et non démontrées, à l’encontre des musulmans.

En Islam, les conditions nécessaires pour déclarer la guerre interdisent expressément de nuire aux civils. Si le « support tacite » rendait les civils coupables, alors des arguments similaires auraient pu être retenus contre les civils de la Mecque, par exemple. En effet, les civils de la Mecque supportaient leurs dirigeants à travers leurs activités journalières, leur travail et commerce dans la ville, le paiement de taxes et le fait de tirer bénéfice de butins de guerre. Quand les musulmans conquirent la Mecque, son peuple, y compris les combattants de guerres précédentes s’est vu attribuer une immunité totale.

  1. Etat islamique : Gülen rejette la notion selon laquelle l’Islam obligerait les musulmans à fonder un état, islamique ou non. A la place, Gülen défend que l’Islam demande une société civile libre et vive dans laquelle l’Islam peut être pratiqué et fleurir. Il ne requiert ni ne prescrit une forme d’état établi. Ce qui revient à renier les motivations centrales de beaucoup de groupes extrémistes violents et non-violents.
  1. Vision dichotomique du monde : Divers termes et expressions datant de l’ère médiévale sont instrumentalisés pour présenter une vision dichotomique du monde via des « nous » en vis-à-vis de « eux ». L’un d’eux est dar al-harb (demeure de guerre) et dar al-islam (demeure d’Islam). Gülen s’oppose fermement à une telle vision du monde. Au contraire, il encourage à évaluer sur base de principes, de mérites, d’efforts et de caractéristiques et non sur base de la religion ou des identités nationales. En ligne avec cela, il propose dar al-hizmah (demeure du service) comme concept unique pour remplacer les deux précédents en voyant le monde entier comme un endroit où servir et aider les autres.

Tout en réfutant l’idéologie d’extrémisme violent qui revendique une justification religieuse, Gülen offre une interprétation de l’Islam qui agit comme un discours opposé. Un discours qui épouse une croyance de la centralité de l’amour et la compassion, qui affirme que la diversité des croyances fut et est la volonté de Dieu, que le libre arbitre est la clé de la nature humaine et qu’il doit être garanti en tout temps, que les gens doivent poursuivre le juste milieu dans toute action, disposition et potentiel (sirat al-mustaqim), qu’il existe une responsabilité islamique positive à s’engager et apprendre les uns des autres sans devoir d’abord approuver le point de vue et le mode de vie de l’autre, qu’il existe une responsabilité de toujours penser positivement concernant les autres (husn-u zan), que les gens doivent être dans un état constant et continu d’action positive et proactive (müsbet hareket) tout en favorisant une vision du monde qui rassemble autour de notre humanité plutôt que de diviser sur prétexte de différences. Gülen défendrait que cela est la compréhension de l’authentique Islam. Il est clair que la religion ne peut être instrumentalisée dans l’accomplissement d’actes d’extrémisme violent si elle est comprise en ces termes.

 

 

Ozcan KELES

doctorant en droit de l'Homme

Yfs Yrci

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