L’approche de Gülen pour transformer les perceptions réciproques

L’approche de Gülen pour transformer les perceptions réciproques

L’approche de Gülen pour transformer les perceptions réciproques

Karina Korostelina*PDF logo

Résumé

Fethullah Gülen, avocat inspiré de la paix, de la tolérance et de la coexistence pacifique, a insisté sur l’importance d’une perception positive et d’une compréhension entre les populations musulmanes et non musulmanes. Dans ses discours et ses écrits, il a fait remarquer combien les images de « l’autre » sont négatives dans cette relation complexe : « De nombreux musulmans, même cultivés et conscients, pensent que l’Occident cherche à ébranler l’islam par des méthodes de plus en plus subtiles et sophistiquées … On se souvient du colonialisme. L’État ottoman s’est effondré sous les attaques européennes. Les invasions étrangères des terres musulmanes sont observées avec beaucoup d’intérêt en Turquie. La « transformation » progressive de l’islam en idéologie du conflit et de la réaction, ou en un parti idéologique, a aussi contribué à la suspicion des gens vis-à-vis de l’islam et des musulmans … » Gülen, 2002). Gülen décrit également les perceptions négatives des musulmans : « Cette image négative a été nourrie dans le monde entier, et nous devons maintenant communiquer à nouveau ce qui est l’aspect essentiel de l’islam à ceux qui sont supposés être civilisés, utilisant pour cela le principe de ‘persuasion douce’. » (Gülen, 2004a). Le présent document analyse le rôle de la perception négative dans le développement du conflit entre musulmans et non musulmans, et propose des outils pour résoudre le conflit et construire la paix.

La perception du « nous positifs – eux négatifs » définit le cœur de l’axiologie collective. Une axiologie collective est un système d’engagements sur les valeurs qui offre une guidance morale propre à maintenir les relations entre ceux qui sont à l’intérieur d’un groupe, et avec ceux qui sont en dehors (Rothbart et Korostelina, 2006). Il procure un sens de la vie et du monde, sert de critère d’interprétation des actes et des événements, et régule les comportements dans l’endogroupe. Une axiologie collective définit des frontières et les relations entre groupes, aide à justifier les actes négatifs contre l’extérieur du groupe et accroit la loyauté à l’intérieur du groupe. Elle est liée à la perception de l’endogroupe comme étant pur et supérieur, et de tout exogroupe comme étant mauvais et méchant, elle favorise un « rétrécissement de la conscience » et réduit la capacité à penser librement.

Fondé sur les idées de Gülen, ce document propose des pistes pour modifier ces perceptions négatives. Une telle intervention doit insister sur les caractéristiques positives dans la description que l’endogroupe fait de lui : « Je peux et je dois dire que la paix, l’amour, le pardon et la tolérance sont des fondements pour l’islam. » (Gülen, 2004) Gülen indique les éléments essentiels du processus de dialogue, parmi lesquels la reconnaissance des actions violentes de l’endogroupe et des droits de l’homme des exogroupes, et l’accent mis sur les points communs (Gülen, 2002b). Gülen insiste sur la nécessité de développer les intérêts que nous partageons avec les autres peuples.

Introduction

Fethullah Gülen, avocat inspiré de la paix, de la tolérance et de la coexistence pacifique, a insisté sur l’importance d’une perception positive et d’une compréhension entre les populations musulmanes et non musulmanes. Dans ses discours et ses écrits, il appelle à la tolérance mutuelle. Dans son article intitulé Tolérance dans la vie individuelle et sociale, Fethullah Gülen fait remarquer que « aujourd’hui, ce dont notre société a besoin avant tout, c’est de tolérance … nos citoyens dans les pays européens ne peuvent vivre en harmonie avec ces pays que grâce à une atmosphère généralisée de tolérance. » (Gülen, 2004b) Pour Gülen, le dialogue, la tolérance et la confiance se renforcent mutuellement : la tolérance, développée à travers le dialogue, aide à accepter toutes les différences afin de contribuer au but plus large qui est la coopération. « L’hostilité est inacceptable. Les relations doivent être fondées sur la foi, l’amour, le respect mutuel, l’assistance et la compréhension plutôt que sur le conflit et la poursuite de l’intérêt personnel. L’éducation sociale encourage les gens à poursuivre des idéaux nobles et à s’efforcer à la perfection, sans se contenter de satisfaire leurs propres désirs. Le bien exige l’unité, les vertus apportent le soutien mutuel et la solidarité, et la foi garantit la solidarité masculine et féminine. Inciter l’âme à atteindre la perfection procure le bonheur dans les deux mondes. » (Gülen, 2002a) Le présent document analyse le rôle de la perception négative dans le développement du conflit entre groupes musulmans et non musulmans et propose les outils pour résoudre le conflit et construire la paix.

En se fondant sur les idées de Gülen ainsi que sur la théorie de l’axiologie collective, développée par l’auteur en collaboration avec le Dr Rothbart, le document propose les voies du changement d’une telle perception collective. Une telle intervention doit insister sur les caractéristiques positives dans la description que l’endogroupe fait de lui : « Je peux et je dois dire que la paix, l’amour, le pardon et la tolérance sont des fondements pour l’islam. » (Gülen, 2004) Gülen indique les éléments essentiels du processus de dialogue, parmi lesquels la reconnaissance des actions violentes de l’endogroupe et des droits de l’homme des exogroupes, et l’accent mis sur les points communs (Gülen, 2002b). Le document insiste sur la nécessité, soulignée par Gülen, de développer les intérêts que nous partageons avec les autres peuples.

Le point de vue de Gülen sur les perceptions entre musulmans et non musulmans

Depuis le début des années 1980, Gülen a beaucoup développé l’approche de la compréhension entre religions et formulé un cadre de référence pour la tolérance interreligieuse. À travers ses écrits, Gülen a montré l’importance d’une perception positive entre musulmans et non musulmans, et il a énormément insisté sur les questions de paix et de tolérance, s’inscrivant dans le cadre de la vision religieuse et philosophique du monde qui est celle de l’islam, qui protège l’humanité et interdit absolument tout manquement à cette règle. « Gülen … a une vision claire de la grandeur humaine, des traits qui caractérisent les êtres humains éminents, de ceux qui réalisent en eux-mêmes le potentiel humain le plus élevé et le meilleur. » (Carroll, 2007 : 38) Ainsi, le dialogue entre gens de culture et de religion différentes peut apporter compréhension mutuelle, respect et amour de la justice. Il permet de comprendre les croyances, les idées et les points de vue des autres, ainsi que le fondement de leur identité. « Accepter tous les gens tels qu’ils sont, indépendamment de qui ils sont, ne signifie pas qu’on met croyants et incroyants du même côté de la balance. Selon notre façon de penser, la position du croyant et celle du non croyant ont leur valeur spécifique … J’ai des sentiments et des idées tellement fortes à son sujet que cela ne m’empêche pas d’entre en dialogue avec quelqu’un qui ne pense pas ou ne croit pas comme moi. » (2002a)

Cependant, Gülen reconnaît les différences entre Occident et pays musulmans. Dans ses écrits récents, Gülen a insisté sur la négativité des images de « l’autre » dans cette relation complexe et sur le problème croissant d’une perception déformée. « De nombreux musulmans, même cultivés et conscients, pensent que l’Occident cherche à ébranler l’islam par des méthodes de plus en plus subtiles et sophistiquées … On se souvient du colonialisme. L’État ottoman s’est effondré sous les attaques européennes. Les invasions étrangères des terres musulmanes sont observées avec beaucoup d’intérêt en Turquie. La ‘transformation’ progressive de l’islam en idéologie du conflit et de la réaction, ou en un parti idéologique, a aussi contribué à la suspicion des gens vis-à-vis de l’islam et des musulmans … » Gülen, 2002). Gülen décrit également les perceptions négatives des musulmans : « Cette image négative a été nourrie dans le monde entier, et nous devons maintenant communiquer à nouveau ce qui est l’aspect essentiel de l’islam à ceux qui sont supposés être civilisés, utilisant pour cela le principe de ‘persuasion douce’. » (Gülen, 2004a).

Gülen envisage cette question dans le cadre du problème d’ensemble de la négativité croissante dans les perceptions des autres. Il insiste sur le fait que « des communautés et des groupes divers au sein des communautés vivent dans une colère, une haine et une détestation apparemment sans limite, appliquant des plans de meurtre et de destruction complète qui n’auraient jamais été possibles auparavant. Des nations et des groupes au sein de ces nations souhaitent se débarrasser des gens ou des groupes qu’ils voient comme « autres ». (Gülen, 2008c)

Les racines des ces images négatives résident selon Gülen dans l’occultation des aspects positifs des relations humaines, l’humanité et l’amour. La façon dont les gens se perçoivent est influencée par la haine et la répugnance. « Il semble que nous ayons oublié comment agir en êtres humains … Nous sommes submergés par la rancune et la haine, rouges de colère, et nous nous regardons les uns les autres avec des sentiments de vengeance. Nos cœurs sont vidés de tout amour, une brume de dégoût masque nos sentiments et, depuis tant d’années, l’aura magique de l’amour est étrangère à nos perceptions. En permanence, nous produisons le mal dans nos pensées. » (Gülen, 2008a)

Gülen signale une autre source de perceptions négatives entre musulmans et non musulmans : la prédominance des émotions sur la vision rationnelle. Il montre qu’une personne sous l’empire de la colère ou de la haine est incapable de penser et de percevoir le monde rationnellement : « Ses aptitudes sont paralysées, sa capacité de raisonnement est mutilée, et elle est tellement perdue qu’elle ne peut ni penser sainement ni se comporter normalement. Elle ne peut être cohérente. Dans une explosion de colère, elle devient parfois destructrice et réduit en cendres tout ce qui l’entoure ; elle est parfois dans une rage et une fureur tellement tenaces qu’elles dévorent son propre cœur. » (Gülen, 2008c) Dans un article intitulé « Rêvant de l’amour », Gülen développe cette idée : « Nous sommes si nombreux à être guidés par nos émotions et à ne plus penser rationnellement ! Nous piétinons et réduisons au silence ceux qui ne pensent pas comme nous ; tel est en vérité notre caractéristique la plus visible. Nous nous précipitons avec impétuosité dans notre voie propre, sans prendre en considération un seul instant le fait qu’il puisse y avoir d’autres solutions à des problèmes divers. Ainsi montrons-nous le chemin vers la destruction, dans de nombreux contextes où nous aurions pu être vecteurs de solutions constructives. » (Gülen, 2008a)

Les perceptions interreligieuses influencent la personnalité des gens : « Quand une personne ne cesse de considérer les choses ou les événements selon certains points de vue, sa personnalité et son tempérament vont peu à peu être façonnés par cette façon de penser. » (Gülen, 2008b) Des visions négatives favorisent des traits de caractère négatifs. Gülen montre que des pensées négatives à propos des autres, qu’on appelle des « opinions mauvaises » (sui dhan), sont liées à la méfiance et à la rancune. Elles conduisent en outre à la vanité et à l’orgueil. Les gens deviennent prisonniers et victimes de leurs propres perceptions négatives. « Ils ne se lassent jamais de la rancune et ne peuvent surmonter leur colère. Ils n’essaient jamais de gérer leur colère, et ils sont donc sans arrêt portés par la méchanceté, une mauvaise action succédant à l’autre, influencés qu’ils sont par leurs pensées mauvaises, essayant de faire passer le mal pour du bien. » (Gülen, 2008c)

Ces images des autres qui les font mauvais et inhumains influencent également le comportement des gens. Comme le remarque Gülen, « la façon dont les gens pensent façonne leur comportement » (Gülen, 2008b). Les perceptions négatives remplies de haine produisent des actes de violence, des attentats à la bombe et des meurtres : « Une des parties arrache l’œil de l’autre ou l’assassine ; l’autre répond en perpétrant un attentat-suicide à la bombe au milieu de la foule ou en jetant dans la foule un véhicule plein d’explosifs. La violence est partout, aussi sauvage, voire encore plus atroce, que celle provoquée par un barbare quelconque. » (Gülen, 2008a)

L’axiologie collective

Plusieurs facteurs influencent la perception malveillante des exogroupes. Premièrement, le besoin humain de différentiation ne peut être satisfait qu’imparfaitement dans des sociétés homogènes où la diversité culturelle est négligeable (Brewer, 2000, 2001). Dans de tels cas, les gens tendent à transformer les loyautés d’endogroupes en communauté, ville ou minorité ethnique, mettant l’accent sur des différences mineures par rapport à ceux qui lui sont extérieurs au sein d’une société plus vaste (Volkan, 1997). Deuxièmement, puisque l’identité positive sociale se fonde sur des comparaisons sociales favorables (Tajfel, 1978 ; Tajfel et Turner, 1986), les membres de tout endogroupe ont tendance à dénigrer l’exogroupe. Ainsi certains stéréotypes, certains biais et certains préjugés façonnent l’identité de l’endogroupe. Troisièmement, même dans des situations d’égalité économique et sociale, manier les comparaisons entre endogroupe et exogroupe conduit inévitablement à sous-estimer les forces économiques et sociales de l’endogroupe, ainsi qu’à ressentir une déchéance relative, alimentant ainsi des négativités à venir (Davis, 1959 ; Gurr, 1993 ; Runciman, 1966).

Un statut asymétrique, ou l’inégalité, est un quatrième facteur de l’appréciation négative des exogroupes. Dans des sociétés stratifiées où règne l’inégalité économique et politique, les groupes minoritaires et les groupes à faible statut ressentent un sentiment plus fort de moi collectif et une homogénéité d’endogroupe plus forte (Brewer, 2000 ; Ellemers, Kortekaas et Ouwerkerk, 1999 ; Simon, 1992 ; Simon et Hamilton, 1994). Leur souci d’identité sociale, d’estime de soi et de dignité, combinée à l’insécurité perçue qui accompagne leur statut inférieur, conduit à des biais d’endogroupe et à des projections négatives plus fortes (Gerard et Hoyt, 1974 ; Mullen, 1992 ; Sachdev et Bourhis, 1984). Pour les communautés dont l’histoire est faite de violence entre groupes, la solidarité identitaire d’endogroupe tend à supplanter d’autres formes d’identité.

L’inégalité et une histoire de relations conflictuelles peuvent exagérer les images malveillantes. Des pratiques transversales comme les mariages mixtes peuvent néanmoins maintenir la stabilité et l’équilibre dans le système identitaire plus large.

Pour des communautés concernées par des générations d’hostilité, la multiplicité des identités de groupe se réduit à une seule identité dominante, en conservant des symboles liés à la nationalité, à l’ethnicité ou à la religion. Cette identité unifiée et privilégiée est alors associée à celle d’un « autre » dangereux. Les membres de groupes différents, avec des identités multiples, recherchent dans leur identité sociale primaire un sentiment de sécurité et de légitimité morale. S’en remettre au mythe idéologique devient un instrument puissant pour façonner l’identité d’endogroupe, pour diaboliser l’autre et mettre de la cohérence dans un monde dangereux.

Un autre facteur important pour définir le mode de perception entre groupes est l’axiologie collective. Le concept d’axiologie collective a été développé dans le livre, de Rothbart et Korostelina, Identity, Morality and Threat (Identité, moralité et menace) (2006). « Une axiologie collective est un système d’engagements sur les valeurs qui définit les actes prohibés et les actes nécessaires à l’accomplissement de tâches spécifiques. Il procure un sens de la vie et du monde, sert de critère d’interprétation des actes et des événements, et fournit une base à l’appréciation des membres du groupe. Une axiologie collective définit des frontières et les relations entre groupes, et fixe les critères d’appartenance à l’endogroupe et à l’exogroupe. Grâce à son axiologie collective, un groupe retrace son développement depuis un passé sacré, issu d’événements mythiques au-delà de la vie des mortels, et recherche la durabilité. Transcendant la finitude de la vie humaine, une axiologie collective s’étend d’une vision rétrospective d’événements fondamentaux du passé à une vision prospective, dans un avenir qui aurait sinon sans doute été incertain. L’identité et les valeurs de l’individu, acquises à la naissance et abandonnées à la mort, existent avant la naissance et après cette mort. » (Rothbart et Korostelina, 2006 : 6).

L’axiologie est une investigation de la nature, du critère et du concept de valeur. Bien entendu, une telle étude des valeurs est notoire dans le domaine de la philosophie, dès ses premiers instants. Dans la présente étude, nous explorons comment les engagements sur des valeurs qui sous-tendent les récits de menaces sont souvent transformés en axiologie collective de l’identité et de la différence, qui à son tour stimule les acteurs du conflit à faire appel à des formes extrêmes de violence.

Une axiologie collective comprend trois formes construites : un récit mythique, des icones sacrées et des commandements normatifs.

  1. Un récit mythique. « Les histoires liées à « l’autre » menaçant gagnent en puissance par la propagation d’images choquantes, d’anecdotes poignantes et de récits violents. Avec le temps, de telles histoires consolident les perceptions de l’autre en des négativités apparemment figées, vraisemblablement fondées sur un lieu originel commun, un ancêtre commun ou des obstacles communs. Par la force de telles images, certains particularités de lieux, de temps et d’acteurs deviennent sacrées, à la fois pour les conteurs et pour les auditeurs. » (Rothbart et Korostelina, 2006 : 37) Les événements sacrés acquièrent des significations archétypales qui façonnent la conscience de groupe et contribuent aux récits mythiques qui colorent leur perception de « l’autre ».
  2. L’ordre iconique. Les nombreuses images de l’ennemi deviennent profondément émotionnelles et focalisent le modèle global qui va caractériser les autres par le fait qu’ils sont dangereux. « Émergeant de scénarios particuliers portant sur des événements localisés, les icones fonctionnent comme des expressions graphiques de négativités. Un épisode, un événement, une action ou une rencontre spécifique sont privilégiés, vénérés et presque sanctifiés dans cette transition dans l’esprit des croyants. Certaines impressions produisent des images diaboliques, ajoutant à la signification religieuse d’épisodes profanes. Vues à travers de telles images, les actions de l’étranger fonctionnent comme des prototypes de sa personnalité injuste, immorale, non civilisée et peut-être inhumaine. » (Rothbart et Korostelina 2006 : 37–38)
  3. Le commandement normatif. Le commandement normatif procure un fondement pour comprendre le monde en termes moraux binaires : bien/mal, saint/irrespectueux, sacré/profane, vertueux/méchant. « Pour accepter ‘ce que nous sommes’, il devient nécessaire de définir ‘ce que nous ne sommes pas’, autrement dit ‘ce que sont les autres’. De telles divisions sont souvent contestées, et chargées d’émotions. Cette dualité des identités entre endogroupe et exogroupe développe des jugements de valeur sur la façon dont le monde devrait être organisé. » (Rothbart et Korostelina 2006 : 40).

Deux variables caractérisent la dynamique de l’axiologie collective : le degré de généralité collective et le degré d’équilibre axiomatique.

  1. La généralité collective. Le degré de généralité collective « se rapporte aux manières, pour les membres de l’endogroupe, de caractériser « l’autre », de simplifier ou non leur personnalité déterminante (essentielle). » (Rothbart et Korostelina, 2006 : 45). La généralité collective comporte quatre caractéristiques :
    1. homogénéité des perceptions et des comportements des membres de l’exogroupe,
    2. stabilité à long terme de leurs croyances, de leurs attitudes et de leurs actes,
    3. résistance au changement,
    4. étendue ou ampleur de la catégorie « exogroupe ».

Un haut niveau de généralité collective est lié au fait de voir l’exogroupe comme cohérent, homogène, affichant des modèles de comportement établis, engagé dans des croyances et des valeurs fixes et durables, et très répandu dans la région ou dans le monde entier. Un faible degré de généralité collective reflète une perception de l’exogroupe comme étant différentié, prêt à transformation, manifestant des formes de comportement variées, et d’ampleur relativement limitée.

Le degré de généralité collective peut changer avec le temps, en particulier dans une situation où les tensions et la violence entre groupes se renforcent. Par exemple, l’escalade dans le conflit peut conduire à percevoir un ennemi non pas comme un petit groupe localisé mais comme une race entière, un groupe ethnique, une nationalité ou une culture. L’image d’un exogroupe peut devenir plus rigide, plus solide et plus homogène. Au cours des conflits violents, les gens ont tendance à nier la diversité et les priorités contradictoires d’un exogroupe, et sa structure multiculturelle et politique, et à le percevoir comme une simple « entité » dont les membres partagent les mêmes croyances et attitudes, et soutiennent des politiques communes vis-à-vis des autres groupes.

  1. L’équilibre axiologique. « L’équilibre axiologique fait référence à une forme de parallélisme des vertus et des vices attribués aux groupes. Quand on l’applique aux histoires sur l’autre, une axiologie équilibrée grave, dans les identités de groupe, des caractéristiques positives et négatives. » (Rothbart et Korostelina, 2006 : 46) L’axiologie équilibrée conduit à reconnaitre la décence et la moralité, comme l’immoralité et la cruauté, à la fois de l’autre et de l’exogroupe. Un haut degré d’équilibre axiologique exprime qu’on reconnaît ses propres fautes et échecs, alors qu’un faible degré d’équilibre axiologique est lié à la perception d’un endogroupe comme moralement pur et supérieur, et un exogroupe comme mauvais et méchant, ce qui tend à favoriser un « rétrécissement de la conscience » et réduit la capacité à penser librement. « Dans sa forme extrême, un faible équilibre axiologique est lié à l’exagération, l’inflation et la fabrication des vices de l’exogroupe et des exploits de l’endogroupe. La dualité « eux/nous » semble figée dans l’ordre social intemporel. Avec un sentiment contrefait de ses vertus collectives, l’endogroupe promeut un sentiment de supériorité morale sur l’exogroupe. Une telle représentation des différences de groupe procure une base pour combattre les éléments criminels dans le monde. » (Rothbart et Korostelina 2006 : 46)

Les deux variables – équilibre axiologique et généralité collective – définissent l’axiologie collective pour chaque identité de groupe. Le type 1 représente le modèle de faible équilibre axiologique et de forte généralité collective. Un tel modèle est habituel dans les cas de conflit prolongé. Un endogroupe sacré exige loyauté et obéissance. Cette axiologie collective est souvent associée à des formes extrêmes de nationalisme, de fascisme, de racisme et de sectarisme. Les récits des endogroupes et des exogroupes reflètent la dualité de perception où les autres sont décrits comme mauvais et méchants et les endogroupes perçus comme vertueux et moralement parfaits. Les gens sont incapables de reconnaître les mérites des autres, de comprendre leur complexité et d’admettre leur motivation, leurs valeurs et leur comportement. « Dans l’effet cumulatif du conflit prolongé, les visions du mal ont tendance à supplanter celles du bien. La justice punitive du « œil pour œil » peut rendre les acteurs aveugles à ce à quoi un monde juste pourra exactement ressembler. Dans le cas de nombreux conflits, les symboles de négativité – les images des infamies de « l’autre » – sont beaucoup plus fascinants que les images des victimes de l’endogroupe. » (Rothbart et Korostelina, 2006, p. 48).

Le type 2 représente le cas de faible équilibre axiologique et de forte généralité. L’endogroupe se voit moralement pur, sacré et glorieux, alors que ce qui caractérise l’exogroupe est qu’il affiche des valeurs et des vertus hétérogènes. Les membres de l’endogroupe peuvent pourtant reconnaître les voix multiples des exogroupes, leur aptitude à changer et la possibilité de lien et de collaboration avec les « meilleurs » membres des exogroupes. Ils pensent que des politiques spécifiques et des négociations spécialement conçues dans ce but peuvent produire des changements chez les autres. On peut trouver cette forme d’attribution mélangée de valeurs dans les sentiments patriotiques des classes sociales puissantes d’une nation. Par exemple, les habitants du Timor oriental continuent à combattre pour leur identité ethnique en cherchant à vaincre les effets « totalisateurs » du nationalisme indonésien (Tan, 2006).

Le type 3 décrit un haut degré d’équilibre axiologique et un haut degré de généralisation collective. Cette axiologie collective est liée à l’attribution de valeurs positives et négatives à la fois à l’endogroupe et à l’exogroupe. Les individus sont relativement libres de critiquer l’endogroupe et ont certaines perceptions positives de l’exogroupe. Cependant, ils voient l’exogroupe comme homogène, avec des croyances et des comportements identiques. Les caractéristiques des groupes du quadrant 3 se manifestent aussi dans les stéréotypes sexuels comme source majeure de violence faites aux femmes. Ainsi, Cheldelin (2006) montre que la société produit et répète à travers les médias les stéréotypes des femmes objets sexuels. La violence sexuelle contre les femmes est enracinée dans ces stéréotypes rigides, comme le sont la perception des femmes comme toutes identiques, et la discrimination.

Le type 4 représente les groupes dont l’axiologie est équilibrée et la généralité faible. Aussi bien l’identité de l’endogroupe que celle de l’exogroupe sont perçues comme composées de vertus et de vices et d’un comportement qui peut être moral comme immoral. Les membres de l’endogroupe sont autorisés à critiquer ouvertement l’endogroupe et à respecter les membres de l’exogroupe. Dans ce quadrant, le soutien et la loyauté aux valeurs de l’endogroupe sont néanmoins importants, et l’identité de l’endogroupe est relativement fondamentale. Cette axiologie collective se fonde sur des mouvements libéraux et humanistes, sur des artisans de la paix et sur des avocats des droits de l’homme. On le voit dans les idéaux humanitaires dans le domaine des relations internationales (Sterns, 2006).

Transformation des perceptions

La transformation des perceptions négatives des autres en perceptions positives comporte deux processus liés entre eux :

  1. l’augmentation de l’équilibre axiologique
  2. la diminution de la généralité axiologique.

Le premier but est accessible à travers la transformation des images positives de son propre groupe et des images négatives des autres en images complexes qui contiennent des aspects positifs comme négatifs. Le second but l’est par le réexamen de l’homogénéité des autres groupes et la perception des autres comme ayant des opinions et des points de vue multiples. L’approche de Gülen de la tolérance et du dialogue propose des intuitions à propos de ce processus de transformation complexe.

La structure des récits, fondée sur « eux comme ennemis » et reflétant des attitudes, des sentiments et des stéréotypes négatifs, peut être remplacée par une structure enracinée dans une image de soi non-violente. Pour modifier leurs perceptions négatives, les gens doivent reconnaître et accepter leur propre bonne nature : « Nous sommes très loin d’exprimer notre statut unique tout au long de l’existence. Malgré les qualités que nous possédons, et que les anges nous envient, nous nous livrons à des actes dont même les esprits malfaisants auraient honte … Nous sommes tous humains, ce qui signifie que nos gênes viennent tous du prophète Adam et que notre essence vient de la Vérité de Ahmad. Aussi, allons-y ! Dressons-nous contre les mauvaises raisons et crions à tous les mondes que nous sommes vice-gérants de la terre et que nous courons vers les cieux ! Faisons apprécier aux anges l’éminence de l’être humain ! » (Gülen, 2008a). Pour Gülen, mettre l’accent sur la bonne volonté et la bonne nature des gens n’est pas une idée neuve : « Il ne s’agit de construire quelque chose à partir de rien, mais de révéler les choses qu’on allait déclarer ‘éteintes’ alors qu’elles existent, et qui nous étaient devenues étrangères parce qu’inactives, comme les eaux résurgentes dans des trous inutiles. Nous disons : ‘Les êtres humains ne sont pas des animaux … Ils sont des êtres humains … Aussi nos comportements doivent-ils être de nature différente et prendre en compte des critères différents. Nos relations avec les êtres humains doivent être fondées sur l’être humain.’ » (Gülen, 2006b) Ainsi la nature humaine des gens peut-elle servir de fondement important pour surmonter la négativité des relations et des perceptions.

Les valeurs, les besoins et les traditions de chaque groupe religieux doivent être perçus non comme opposés les uns aux autres, mais dans le cadre du respect pour la religion qui satisferait et respecterait les valeurs et les besoins de tous les groupes religieux. Gülen insiste sur « la nécessité de développer les intérêts communs avec d’autres gens. En fait, même si les gens avec qui nous parlons sont juifs ou chrétiens, c’est cette approche qu’il faut adopter, et les questions qui divisent doivent être totalement évitées. » (Gülen, 2004c). Il met également l’accent sur le fait que « pour que le dialogue interreligieux réussisse, nous devons oublier le passé, ignorer les polémiques et nous concentrer sur les points communs » (Gülen, 2002b). Cette approche peut aussi aider à résoudre les contradictions entre religion et État laïque, transformer la perception qu’ont les gens de l’appartenance à des groupes différents en conflit en groupes plus larges, et rendre plus positive les attitudes vis-à-vis des autres groupes religieux, même s’ils ont une longue histoire d’agressions.

Comme nous l’avons examiné précédemment, une des manières de transformer les perceptions négatives en perceptions positives consiste à redéfinir « nous » et à accepter les actes négatifs de l’endogroupe. Reconnaître les actions violentes de l’endogroupe et les droits de l’homme des exogroupes représente une menace contre l’identité du groupe, qui repose sur l’idée de « nous positifs – eux négatifs ». Comme le souligne Gülen, « quand un individu accomplit son autocritique – en supposant qu’il ne s’abandonne pas au désespoir – il doit être dur » (2008b). Parlant des gens de cœur, il souligne aussi qu’il est important d’analyser et de combattre ses propres intentions et pensées négatives : « Les gens de cœur sont trop occupés à combattre leur ego et leurs écarts de conduite pour s’intéresser aux mauvaises actions des autres. Par comparaison, ils offrent aux autres un exemple de ce qu’une personne de bien doit être, conduisant ainsi les autres vers des horizons plus élevés. » (Gülen, 2006a)

Reconnaître les actions négatives de l’endogroupe exige de revoir et de re-conceptualiser l’identité de l’endogroupe, ce qui rencontre toujours une forte résistance. Les membres de l’endogroupe aspirent fortement à défendre l’image de soi positive et contestent l’information négative qui pourrait la détruire. Mettre l’accent sur d’autres éléments importants du sentiment d’identité, comme l’héritage culturel, les traditions profondes, l’histoire de la coexistence pacifique avec d’autres groupes, etc., peut aussi contribuer à préserver un haut niveau d’estime de soi et de fierté de l’endogroupe.

Une telle intervention narrative doit insister, dans la description qu’un endogroupe fait de lui-même, sur les aspects positifs tels que « gens pacifiques », « valeur de tolérance », « ouverture d’esprit et compréhension » et « plaisir de pardonner ». Ces images sont toujours présentes dans l’autoportrait de tous les peuples et sont des sources puissantes d’estime de soi et de fierté. Ainsi que le note Gülen, « je peux affirmer, et j’affirme, que la paix, l’amour, le pardon et la tolérance sont les fondements de l’islam » (Gülen, 2004c). Il poursuit : « En vérité, la paix est d’une importance extrême pour l’islam : le combat et la guerre ne sont que des circonstances secondaires liées à des raisons et des situations spécifiques. De ce point de vue, on peut dire que si un environnement pacifique, où tous vivraient en paix et en sécurité, ne pouvait être obtenu dans ce pays, il nous serait alors impossible de rendre quelque service positif que ce soit à la société ou à l’humanité. » (Gülen, 2004b)

Le pas suivant consiste à modifier les perceptions négatives entre musulmans et non musulmans. Gülen souligne que les gens n’ont pas le droit de juger les autres et de les blâmer pour leurs fautes et leurs actes : « Une personne ne doit pas considérer que tous les autres lui sont supérieurs, ni projeter ses propres faiblesses ou laideurs sur les autres à travers la suspicion, ni faire l’erreur de critiquer certaines attitudes et actions des autres sans en connaître les raisons sous-jacentes … Il n’existe aucune règle éthique qui exige de nous d’enquêter sur les fautes des autres, de les révéler ou de mettre ces gens dans l’embarras. Au contraire, l’islam considère qu’il est immoral de rechercher les fautes et les erreurs, de révéler des péchés et d’humilier les autres. » (Gülen, 2008b)

L’accent mis sur les images pacifiques de l’endogroupe et de l’exogroupe engendre des récits qui les appuient en décrivant l’histoire paisible et la gloire de l’endogroupe, ainsi que des situations positives dans les relations interethniques. De tels récits contés par des gens différents vont les renforcer par des idées flatteuses et une personnalité constructive. Les émotions positives pendant ce processus vont renforcer la formation d’une conception de soi pacifique et de perceptions positives des autres, avec une insistance sur la tolérance, la réconciliation et la bonne volonté. Gülen montre combien il est important d’accepter positivement les autres et d’éviter la concurrence et le jugement. « Les gens de cœur … ouvrent leur cœur à chacun, l’accueillent chaleureusement et apparaissent dans la société comme les anges de la sauvegarde. En ce qui concerne leurs actes et leurs attitudes, ils essaient de bien s’entendre avec tout le monde, d’éviter la concurrence féroce avec les autres, et d’échapper au ressentiment … En outre, ils donnent généreusement aux autres pour qu’ils s’adonnent à des activités positives et tentent de manifester autant de respect qu’il est possible à la philosophie et aux idées que les autres adoptent. » (Gülen, 2006a) Gülen appelle de plus à percevoir les autres sans esprit critique. Parlant des gens de cœur, il montre qu’« ils jettent un regard aveugle sur ce que les autres n’ont pas bien fait. Répondant par le sourire à ceux qui ont manifesté des attitudes négatives, ces gens invalident le mauvais comportement par la gentillesse, ne cherchant à blesser personne, même lorsqu’ils ont eux-mêmes été blessés encore et encore. » (Gülen, 2006a)

Pour que ces perceptions positives soient transformées en attitudes et actions positives, il faut franchir le pas suivant, à savoir la formation d’une identité commune et globale qui puisse conduire à la désescalade dans le conflit. Les identités communes ou partagées peuvent réduire l’hostilité entre les groupes en minimisant l’attention portée aux différences ethniques, raciales ou religieuses et en se pensant comme « une unité ». On peut trouver les sources qui sont à la base d’une identité globale dans la position sur un territoire commun, des idées nationales, des problèmes communautaires, etc. Gülen montre les similitudes entre démocratie et islam : « Dans les sociétés démocratiques, les gens se gouvernent eux-mêmes au lieu d’être gouvernés par quelqu’un qui leur est supérieur. Dans ce type de système politique, l’individu prime sur la communauté, libre de déterminer comment vivre sa propre vie. L’individualisme n’est pourtant pas absolu. Les gens mènent une existence meilleure en vivant au sein d’une société, ce qui exige des ajustements et des limitations à leur liberté conformément aux critères de la vie sociale … Comme l’islam tient les individus et les sociétés pour responsables de leur destin, les gens doivent exercer la responsabilité de se gouverner eux-mêmes. » (Gülen, 2002a)

La formation d’une nouvelle identité commune n’est possible que si les membres de l’endogroupe ne perçoivent aucun danger ni menace contre leur identité primaire (ethnique, raciale ou religieuse) venant d’une identité plus globale. Si les valeurs, les idées centrales et les exigences de la nouvelle identité sont en contradiction avec les éventuelles valeurs et idées (telles qu’elles sont perçues) de l’identité existante, un nouvel enchaînement de violence peut débuter. La perception et la conception de la nouvelle identité commune doivent être menées avec beaucoup de prudence, en utilisant des récits de collaboration existante et de situations de travail en groupe réussies. En posant des questions comme : « Que pouvons-nous faire ensemble pour que notre avenir soit meilleur ? » et : « Que pouvons-nous faire pour nos enfants ? », les gens peuvent modifier l’idée que soulignent les récits et passer de l’opposition dans le passé à la compréhension et aux responsabilités mutuelles, et à la défense commune des droits de l’homme parmi les ennemis d’avant. Dans ce cas, les concepts d’un endogroupe paisible et d’un « ce que nous sommes » nouveau se développeront simultanément et se renforceront mutuellement.

Conclusion

Dans ses enseignements et ses écrits, Gülen insiste en permanence sur la nécessité de transformer les perceptions négatives entre musulmans et non musulmans et sur l’importance de la tolérance comme outil d’introduction de la paix dans la société. « Les gens qui ont des idées et des opinions différentes vont soit chercher des moyens de vivre ensemble à travers la réconciliation, soit se combattre mutuellement sans arrêt … La plus longue période de paix dans les Balkans et le Moyen Orient, qui ont toujours été des régions instables, se déroula grâce à la tolérance tenace de nos ancêtres. Une fois que cette tolérance et ces grands représentants eurent quitté la scène historique, cette région se vida de toute paix et de tout bien-être … En même temps, nos citoyens qui vivent dans les pays européens ne peuvent y vivre qu’en harmonie avec ces pays, grâce à une atmosphère générale de tolérance. » (Gülen, 2004a)

Transformer les images négatives et élaborer des perceptions pacifiques entre musulmans et non musulmans est un processus complexe qui exige la participation des deux parties. Gülen indique les éléments principaux de ce processus, parmi lesquels le fait de reconnaître les actions violentes de l’endogroupe et les droits de l’homme des exogroupes, et de se concentrer sur les points communs. Il souligne également combien il est important d’insister, dans la description qu’un endogroupe fait de lui-même, sur les aspects positifs tels que « gens pacifiques », « valeur de tolérance », « ouverture d’esprit et compréhension » et « plaisir de pardonner ». Gülen prétend qu’aucune perception positive n’est possible si on ne développe pas l’intérêt pour les valeurs et les idées que les gens ont en commun et si on ne comprend pas les similitudes entre démocratie et islam. Comme le note Gülen, « on peut conclure que les bonnes intentions, la pensée positive et la capacité à percevoir le beau sont des indices de la pureté de cœur d’une personne et de l’immensité de sa conscience. Si une personne commence à juger les autres, personne ne sera oublié. Si nous ne nous en tenons pas dès le début aux bonnes opinions, nous ne pourrons nous empêcher de juger chaque personne et chaque chose. Mais quand d’autres personnes sont concernées, il faut s’en tenir aux bonnes opinions et se souvenir qu’il vaut mieux avoir tort sur une bonne opinion que d’avoir raison sur une mauvaise. » (Gülen, 2008b)

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*Karina Korostelina est professeur associée à l’Institute for Conflict Analysis and Resolution (George Mason University) et chargée de cours à l’European Research Center of Migration and Ethnic Relation (ERCOMER). Elle est un expert reconnu sur les conflits d’identité, les relations entre populations musulmanes et non musulmanes en Ukraine et en Russie, sur la résolution des conflits et la construction de la paix. Elle a été Fulbright New Century Scholar, a pris part au Regional Scholar Exchange Program géré par le Kennan Institute, Woodrow Wilson Center, Washington, DC et à la session sur le CRC Nationalism au Curriculum Resource Center de la Central European University. Elle a reçu des financements de MacArthur Foundation, Soros Foundation (Research Support Scheme, Managing Multicultural Communities Project, Renaissance Foundation), du United State Institute of Peace, de la US National Academy of Education, du Bureau of Educational and Cultural Affairs of USDS, de INTAS, IREX, et du Conseil de l’Europe. Les résultats de ses recherches ont été présentés dans de nombreuses conférences internationales en Europe et aux USA, et publiés dans des revues internationales. Parmi ses livres, on peut citer The system of social identities: The analysis of ethnic situation in the Crimea, The social identity and conflict: Structure, dynamic and implications, Interethnic coexistence in the Crimea: The ways of achievement (éditeur) et Identity, morality and threat (éditeur).

 

Yfs Yrci

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